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Communion(C. Payne)
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Communion - C. Payne
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A propos du saxophone baryton ...

Bien qu’il possède des qualités exceptionnelles (registre voluptueux, sonorité chaude, profonde et expressive, possibilités dynamiques et harmoniques rares, vélocité et maniabilité aisée pour un instrument de la tessiture grave, …), le saxophone baryton reste méconnu et relativement peu utilisé. Son prix élevé, sa taille un peu encombrante et une « colonne d’air » difficile à maîtriser le desserve probablement.

 

Beaucoup moins souvent sous les feux de la rampe que ses petits frères, les saxes ténor, alto et soprano, le baryton a cependant eu des ambassadeurs de talent et d’envergure pour faire entendre sa voix.

 

Tout en haut de la liste, trône Harry CARNEY qui fut un des piliers de l’orchestre de D.Ellington. Considéré à juste titre comme le père de tous les barytons, il suscita un grand nombre de vocations. Dés 1927, il entame un travail de défrichage sur cet  instrument et parvient avec élégance et raffinement à lui donner ses lettres de noblesses. A peu près à la même époque et dans sa lignée, Jack Washington tient avec beaucoup de brio le pupitre de baryton dans l’orchestre de C.Basie. Haywood HENRY joue lui chez E.Hawkins et Ernie CACERES, manifeste une belle maîtrise de l’instrument auprès, notamment, de S.Bechet.

 

Au début des années 40, Serge CHALOFF s’impose comme un soliste d’envergure et le premier baryton de style Bebop avec des idées très novatrices, une sonorité unique et une grande charge émotionnelle. Léo PARKER en 1948 joue lui aussi dans un style Bop mais marqué par le blues, il possédait un gros son et une grande puissance de jeu. Cecil PAYNE, lui, débute sa carrière vers 1945, avec une sonorité chaude et beaucoup d’aisance il joue avec C.Parker, D.Gillespie et R.Weston. Le plus impressionnant de tous est sans doute Pepper ADAMS dont la magnifique sonorité épaisse et tranchante faisait merveille dans tous les contextes de Coltrane à Mingus en passant par Monk ou L.Niehaus.

 

Commençant à faire parler de lui dans les années 50, Gerry MULLIGAN reste pour la mémoire collective le grand baryton de l’histoire du Jazz, en tout cas le plus populaire. Compositeur prolifique et arrangeur subtil, il fut un instrumentiste au jeu souple et léger mais surtout plus que n’importe qui, il contribuât à émanciper le saxophone baryton et à le faire reconnaître comme voix soliste à part entière. Bob GORDON malheureusement trop tôt disparu (il mourut en 1955 à 27 ans), aurait pu devenir le plus important de sa génération, de sa sonorité nette et claire découle, avec une apparente facilité, une musique logique, séduisante et qui swingue irrésistiblement. Dans un style plus cérébral Gil MELLE est un musicien peu connu mais captivant.  Jimmy GIUFFRE avant de se consacrer à la clarinette, était un baryton intéressant et Jack NIMITZ est un bon soliste, tout comme Joe TEMPERLEY l’épigone de Carney.  Plus connu comme sax ténor, Bill PERKINS joue du baryton tout en douceur et en lyrisme.     

 

Dans un tout autre style, Hamiet BLUIETT fut un temps considéré comme « le nouveau messie du saxophone baryton ». Une maîtrise parfaite de l’instrument lui permit d’en reculer les limites et certains de ses solos sont un véritable catalogue des différentes sonorités possibles. Pat PATRICK et Charles DAVIS ont souvent joué ensemble chez Sun Ra et sont tout deux d’admirables musiciens, à l’aise dans tout les registres. Sahib SHIHAB connu aussi comme altiste et flûtiste, possède sur le baryton une sonorité incisive et se montre tout comme Jérôme RICHARDSON, un improvisateur digne d’intérêt.

 

 

Dans la nouvelle génération Ronnie CUBER est des plus intéressants, servi par une

remarquable technique, un foisonnement d’idées et une grande musicalité.

Dans les mêmes sphères, Nick BRIGNOLA possède une aisance et une vélocité impressionnante. Dans la lignée de P.Adams, Gary SMULIAN est un musicien à suivre de près. Un peu moins connu mais tout aussi captivant, Glenn WILSON joue du baryton presque comme un ténor et Denis DiBLASIO semble de plus en plus être quelqu’un avec qui il faut compter. Dale FIELDER est un excellent Baryton ainsi que Roger ROSENBERG et Frank BASILE. Jim HARTOG joue dans le « 29th Street Saxophone Quartet » et est un modèle de stabilité. Claire DALY est une des rares femmes à jouer du baryton.

 

De par le monde d’autres voix ont leur importance. Lars GULLIN, figure majeure du Jazz des années 50 en Suède, était un baryton exceptionnel et son fils Peter GULLIN joue avec beaucoup de bonheur le même instrument que son père. John Pal INDERBERG et Paroni PAAKKUNAINEN viennent eux aussi de pays nordiques et possède tout deux une réelle personnalité. En Angleterre George HASLAM joua souvent en duo (avec M.Waldrom) et John SURMAN a su élaborer un concept très personnel dans un style minimaliste et impressionniste, il y a aussi l'excellent Alan BARNES qui joue également du sax alto et de la clarinette. Le hollandais Ton VAN DE GEIJN possède une magnifique maîtrise de l’instrument. L’allemand Thomas ZOLLER a travaillé notamment avec L.Konitz. Le français Michel De VILLERS était, dans les années 50, le grand spécialiste du baryton dans son pays et actuellement ce rôle pourrait bien être tenu par Xavier RICHARDEAU qui, avec une très bonne technique et un  son magnifique est un musicien des plus attachant. Eric SERA, quand à lui, met sa superbe sonorité au service d'une musique très créative et métissée. Toujours en France, Céline BONACINA est une excellente saxophoniste Baryton. L'Espagne n'est pas en reste avec le très prolifique Joam CHAMORRO et l'Italie a quelques très bons saxophonistes baryton tels que Elvio GHIGLIORDINI, Rossano EMILI et Piersimone CRINELLI.   

 

C’est en Belgique que le saxophone fut inventé et que les toutes premières note de baryton furent jouées, c’est sur cette terre particulièrement fertile que naquit Jean-Pierre GEBLER figure emblématique du Jazz Belge en général et du baryton en particulier. Avec une certaine nonchalance héritée de Lester Young, il a joué avec J.Pelzer, D.Gordon, C.Baker, G.Mulligan et bien d’autres. Johan VANDENDRISSCHE possède une superbe sonorité et une excellente technique qu’il promène dans différents styles. Bo VAN DER WERF saxophoniste baryton de « Octurne » et du « Brussels Jazz orchestra» joue une musique complexe de belle architecture avec un jeu très personnel.

 

En point d’orgue, citons rapidement et dans le désordre quelques musiciens peut-être moins connus, voir méconnus, mais qui font tous partie de cette petite famille de passionnés que sont les « saxophonistes baryton ». :

Jay CAMERON, Charles TYLER, Turk MAURO, Tate HOUSTON, Eddie DE VERTEUIL, Howard JOHNSON, Fred PIRTLE, Maurice SIMON, Johnny DOVER, William BOUCAYA, Charles FOWKLES, Rony VERBIEST, Jean ETEVE, Bill GRAHAM, Alex HARDING, Pete LUKAS …

 

Avec tout mon respect et mon admiration…

 

Alain Cupper      

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